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Un important travail est nécessaire pour remettre à jour la connaissance que l’on a de la collection des 116 tableaux de maîtres de Jacques Cazotte. Ceci constitue un projet de la Société qu’elle cherche à promouvoir.
Jacques Cazotte avait rassemblé au cours de sa vie une collection privée de premier plan, peut-être en a-t-il hérité aussi de son père (dont le portrait par Hyacinthe Rigaud indiquerait qu’il était en liaison avec des artistes de renom), ou de son frère ainé, point qu’il faudrait éclaircir. Il s’agit de tableaux et gravures originaires d’Italie, Hollande, France, Espagne. La collection est composée de références importantes avec des noms d’artistes prestigieux : Véronèse, Franz Hals, Momper de Joos, van Bredael, Antoine Coypel, Frans Snyders, Nicolas Poussin, Salvator Rosa, Rembrandt, Caravage, Le Sueur,… (dont certaines copies originales) et d’autres plus anonymes. Les tableaux recouvrent des scènes religieuses, mythologiques, ainsi que des paysages et des scènes de genre, outre quatre nature-mortes. La collection a fait l’objet du Mémoire d’Octave Beuve en 1913, « Les tableaux de Cazotte ». Plus récemment, Humphrey Wine, National Gallery, a donné un regard intéressant dans « Les peintures françaises du XVIIIème siècle », 2018.
Cazotte était peintre aussi, parmi ses nombreux talents. Il écrit à son épouse : « Je cours à mes pinceaux pour me procurer une distraction qui me donne du temps de reposer mon cœur et ma tête ». Plus tard, il écrira à Pouteau : « … je prêche misère dans un cabinet rempli de chefs-d’œuvre de Lesueur, Poussin, Titien, etc. Joli peintre moi‐même par nature, amateur dès l’enfance, né d’amateurs, j’ai formé un cabinet de quatre‐vingts tableaux originaux de toutes les écoles et c’est au milieu de ce luxe que je crie famine sans pouvoir m’aider d’aucun de mes moyens ».
Que devient la collection ?
Confisquée en 1794 après la mort de Cazotte, la collection d’environ 104 tableaux et 12 gravures, accrochée sur les murs de Cazotte à Pierry (Salle à manger, corridor, salon, grand antichambre, cabinet de tableaux, avec les 12 dans la chambre de la Marquise de La Croix) est éparpillée ensuite. Celle-ci est la première liste établie par Leblanc, peintre local, à la demande du District, qui est informée de l’existence « de tableaux de prix et de chefs d’œuvre ». Une seconde liste est faite, ensuite dite des « tableaux de mérite », qui comprend 62 peintures, 11 gravures et 2 dessins (75 en tout). La plupart des œuvres sont transportées au Muséum à Châlons. En 1816, Jacques-Scévole fait la liste, détaillée, des tableaux et gravures qu’il reconnait et réclame à Châlons, où ils sont entreposés, depuis leur confiscation révolutionnaire, pour 67 tableaux et 2 lots de gravures, y compris les tableaux entreposés à la chapelle Saint Albin et au collège. Une dernière liste établie par le Trésor public, des tableaux remis en 1817 par le Préfet à Jacques Scévole Cazotte, comprend 61 tableaux, sauf deux natures-mortes non reconnues, soit 59 tableaux.
La restitution à Jacques Scévole
Après avoir tenté de les vendre à Châlons sans succès, pour un prix de 35 000 Francs, (l’estimation faite par un expert parisien est de 47 078 francs), sauf trois tableaux de « peu de valeur, mais chers pour les souvenirs », Jacques Scévole se fait donc restituer une partie de la collection en 1817, la ville ne pouvant les acquérir faute de moyens. Il récupère à Versailles les 59-61 tableaux. Jacques-Scévole de Cazotte fit, en sus, un don partiel au Musée des Beaux-arts de Chalons, de trois tableaux dont celui du Grand paysage de Joos II de Momper, qui était au-dessus du bureau de Jacques Cazotte, et deux natures-mortes, et fait « une offrande au Seigneur » à l’Eglise Saint-Alpin et la Paroisse d’Epernay (Les Pèlerins d’Emmaüs, Saint-Jean dans l’Ile de Patmos). Le Musée des Beaux-arts héritera notamment d’œuvres de la collection Cazotte, déposés ci et là, notamment chez M. Garinet.
D’autres œuvres semblent avoir été déposées ailleurs dans des bâtiments publics de la Marne (musée Garinet, Sous-Préfecture, Hôtel de Ville, château d’Echuilly, musée Schiller, musée de Reims, bureau du Principal du Collège), et certaines se sont peut-être égarées, malgré les efforts de recherche du Conservateur du Musée des Beaux-arts. Jacques-Scévole, conscient de ces manques, écrit cependant au Préfet : « J’abandonne tout souvenir et toute recherche de tout autre tableau qui peut avoir fait partie de la collection de mon père ». Aujourd’hui, le Musée dispose d’onze œuvres plus une partie des gravures.
Les portraits Cazotte au Musée des Beaux-arts
Le Musée des Beaux-arts conserve aussi les portraits de Jacques Cazotte, par Perronneau (le tableau fut percé de coups de pique en 1792) et d’Elisabeth Roignan, son épouse. D’après les experts, ces deux tableaux qui étaient à Pierry furent cachés à Jacques-Scévole, et étaient accrochés dans la librairie du Collège de Chalons avant 1812. Le Perroneau qui est sans doute une copie de 1760, avait été fait pour Chrétien Nicolas et Jacques Cazotte ne l’aimait pas, le tableau d’Elisabeth Roignan semble plus ancien cependant (1720 ?) et pourrait être, selon Wine, celui de Marie Taupin, mère de Jacques Cazotte. Ils sont référencés : « deux portraits du citoyen et de la femme Cazotte », dans la liste du 30 octobre 1795, par Charles Nicolas Varin, commissaire à la réunion de diverses productions d’art du district d’Epernay, repris dans un courrier du 16 mars 1933 du Musée de Châlons.
Jacques Scévole devait vendre peu à peu une partie de la collection pour subvenir aux besoins de sa nombreuse famille. Certains tableaux ont pu aboutir dans des musées prestigieux, dont la National Gallery de Londres où l’on peut voir le portrait original de Cazotte peint par Jean-Baptiste Perronneau. De cette collection la famille Cazotte a pu conserver quelques tableaux, et souhaite en préserver la mémoire vivante.
Quel projet ?
Une des ambitions est de pouvoir reconstituer virtuellement la collection Cazotte, en vue d’une publication, qui pourrait se faire en liaison avec le Musée des Beaux-Arts de Chalons, qui a entrepris un premier recensement. On fait appel à tous les contributeurs intéressés à cet effet, pour identifier et recenser les tableaux et gravures issus de la collection, dont ils auraient connaissance.
En effet, il subsiste de nombreuses inconnues, notamment la partie de la collection non restituée, et non inventoriée, qui a disparue, et les ventes par la famille ensuite. Depuis les 116 œuvres (104 et 12) chez Cazotte, on a 59-61 œuvres restituées, 11 tableaux et les gravures « Adoration des mages et adoration des bergers » au Musée des Beaux-arts, 2 tableaux à l’Eglise Saint-Alpin. Il y a environ 30 tableaux manquants. Des tableaux remis à Jacques-Scévole, il en reste 5 ou 6 identifiés par la Famille Cazotte.
Une galerie de tableaux des portraits de famille sera aussi constituée.
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Nous avons aussi initié le recueil de citations de Cazotte reprise en littérature et faisons appel aux lecteurs pour compléter les références connues : Borges, Chateaubriand, Jefferson, Perez Reverte.
Je m’enfonçai dans la forêt, je n’étais pas trop triste ; la solitude m’avait rendu à ma nature. Je chantonnais la romance de l’infortuné Cazotte :
Tout au beau milieu des Ardennes,
Est un château sur le haut d’un rocher, etc. etc.
N’était ce point dans le donjon de ce château des fantômes que le roi d’Espagne, Philippe II, fit enfermer mon compatriote, le capitaine La Noue, qui eut pour grand-mère une Chateaubriand ?
Diviser l’histoire en siècles n’est peut-être pas moins arbitraire que de diviser l’espace en points et le temps en instants, mais ces unités sont des archétypes qui nous aider à imaginer, et chaque siècle nous propose une image cohérente. L’admirable XVIIIème fut le siècle de Voltaire et de l’Encyclopédie, mais il fut aussi celui de Swedenborg et son disciple rebelle William Blake. Il n’est sans doute pas inutile de rappeler que ce fut le siècle d’Ossian, de l’apocryphe Ossian et de l’épopée celte, qui inaugura le vaste mouvement romantique. Ce caractère ambigu se reflète dans le Diable amoureux de Jacques Cazotte… Il est rédigé dans une prose française raisonnable et claire, mais sa fable est fantastique. Déjà Voltaire, dans Micromégas et dans le Blanc et le Noir, avait donné l’exemple ; déjà Antoine Galland avait révélé à l’Occident les Mille et Une Nuits, Cazotte a dû se souvenir de ce titre dans Mille et Une Fadaises, Contes à dormir debout ; de même le Diablle amoureux est une antithèse voulue du Diable boiteux, de Lesage. L’argument de Cazotte ne se réduit pas à un artifice du Démon qui prend l’apparence d’une femme aux fins de s’emparer d’Alvaro ; le Démon, pris à son propre jeu, s’éprend d’Alvaro, comme si l’éphémère mascarade avait transformé son essence jusqu’au point de le convertir en la véritable et passionnée héroïne de l’œuvre. En Biondetta, il ne reste rien de la monstrueuse apparition répond à la conjuration d’Alvaro dans les ruines de Portici et qui lui dit en italien : Che vuoi ? Le masque est le visage ; la satanique séductrice est la femme séduite et elle continuera de l’être, tourmentée et plaintive, tout au long de la fable, si riche en épisodes idylliques. Plus d’une fois, Belzébuth-Biondetta épuise les diverses ruses qu’inventent toutes les femmes pour attirer un homme. Le style, délibérément frivole, joue constamment avec la terreur, mais contrairement à Vathek, de date ultérieure, il ne se propose jamais de nous alarmer. Cazotte ne pouvait prévoir que sa fable serait soumise à la mythologie pathologique du récent Procuste, Sigmund Freud.
Gabriel Saad, disciple de Procuste, a réussi à faire de Bélzébuth-Biondetta une hypostase de la mère et du père de l’écrivain, ce qui est plus chimérique et sans doute plus terrifiant que le livre qu’il s’est proposé d’expliquer. Ajoutons que c’est moins séduisant.
Cazotte est né à Dijon vers 1720. Comme Diderot et comme Joyce, il fut éduqué par les jésuites, mais contrairement à eux il n’abjura pas de la foi chrétienne. Selon Nodier, à vingt ans, déjà installé à Paris, Cazotte écrit, « J’étais un amoureux de la solitude, du recueillement, des méditations vagues et vaines…Je décidai de m’isoler totalement, de presque tout le monde, même dans des manifestations les plus courantes de la vie extérieure. Je portais alors un long vêtement soigneusement boutonné jusqu’au menton, un chapeau rond et plat aux larges ailes tombantes, des guêtres de cuir écru fermées par des agrafes d’acier. A cela s’ajoutaient des cheveux non poudrés, coupés assez près du front et tombant sur le cou et les épaules. » En 1747, il obtint le grade de commissaire dans la marine et est affecté à la Martinique. Là, il épouse la fille du juge de l’Ile, Elisabeth Roignan. Deux ans plus tard, il repousse une invasion des Anglais. A la fin de sa vie, il invoquera, dans ses lettres, le souvenir de cette résistance pour que la Martinique se défende d’une attaque des soldats de la République. En même temps qu’à la routine de sa fonction officielle, Cazotte consacre son temps à l’exploitation de la propriété que sa femme avait apportée en dot. Vers 1758, il décide de retourner dans sa patrie. La Compagnie de Jésus avait organisé un vaste système bancaire qui porte aujourd’hui le nom ce Chèques de voyage. Cazotte profite du système et de l’étroite amitié qui l’unit à l’Ordre pour confier aux soins de ce dernier le montant total de la vente de ses biens dans l’île.
En France, toutes ses démarches furent vaines, et il ne récupérera pas le moindre centime. Après une série de lettre aussi patientes qu’inutiles, adressées au supérieur de l’Ordre, il publie un mémoire relatant l’aboutissement malheureux de liens datant de son enfance. Finalement, résigné, il entame un procès. La rupture coïncide avec le moment où il se rapproche de l’occultisme, et elle semble stimuler son activité créatrice. En 1772, il publie le Diable amoureux ; le succès est immense et on l’accuse d’avoir révélé des mystères que les initiés doivent tenir secrets. Les critiques, raisonnablement, attribuent à l’imagination la rencontre avec le Démon. Sa réputation de visionnaire fit qu’on lui attribua une prophétie concernant sa propre mort et la Terreur. Du reste, Cazotte lui-même déclare : « Nous vivons parmi les esprits de nos ancêtres ; le monde invisible nous cerne…Sans cesse, les amis auxquels nous pensons s’approchent familièrement de nous…Je vois le bien, le mal, les bons et les méchants ; parfois, la confusion des êtres est telle, quand je les regarde, que je ne sais pas toujours distinguer dès le premier instant, ceux qui vivent dans leur chair de ceux qui ont abandonné les apparences grossières… » Et il ajoute : « Ce matin, durant la prière qui nous réunissait sous le regarde du Dieu Tout-Puissant, la pièce était si remplie de vivants et de morts de tous les temps et de tous les pays que ne je pouvais distinguer entre la vie et la mort ; c’tait une étrange confusion mais aussi un magnifique spectacle. »
Monarchiste fervent, il ne cache jamais son adhésion à Louis XVI. En août 1792, les autorités saisissent des lettres où l’on croit voir une conspiration, Cazotte est arrêté ; sa fille Elisabeth l’accompagne volontairement en prison. Le sort lui réserve une fin splendide ; en montant à l’échafaud, à plus de soixante-dix ans, il pourra dire : « Je meurs comme j’ai vécu, fidèle à Dieu et à mon roi. »
Jorge Luis Borges
Page 180 :
Now the girl who wasn’t Nikon was holding a small, leather bound book. She was holding it out to him.
“I hope you like it.”
The Devil in Love by Jacques Cazotte, the 1978 edition. When he opened it, Corso recognized the prints from the first edition in a facsimile appendix: Alvaro in the magic circle before the Devil, who asks, “Che vuoi?”; Biondetta untangling her hair with her fingers; the handsome pageboy sitting at the harpsichord… He chose a page at random:
…. man emerged from a handful of earth and water. Why should a woman not be made of dew, earthly vapours and rays of light, of the condensed residues of a rainbow? Where does the possible lie? And where the impossible?
He closed the book and looked up. His eyes met the smiling eyes of the girl…..
Page 189 :
« Who are you ? »
“The Devil,” she said. “The Devil in love.”
And she laughed. The book by Cazotte was on the sideboard, next to the Memoirs of Saint-Helena and some papers. The girl looked at it but didn’t touch it. Then she laid one finger on it and looked at Corso.
“Do you believe in the Devil?”
“I’m paid to believe in him. On the job anyway.”
She nodded slowly, as she already knew what he was going to say. She stared at Corso with curiosity, her lips parted, waiting for a sign or gesture which only she could understand.
“Do you know why I like this book, Corso?”
“No. Tell me.”
“Because the protagonist is sincere. His love isn’t a trick to damn a soul. Biondetta is tender and faithful. She admires in Alvaro the same things the Devil loves in mankind: his courage, his independence…” Her eyelashes came down over her light irises for a moment. “His desire for knowledge and his lucidity.”
“You seem very well informed. What do you know of all this?”
“Much more than you imagine.”
“I don’t imagine anything. Everything I know about the Devil and his loves and hates comes from literature: Paradise Lost, The Devine Comedy, passing through Faust and The Brothers Karamazov…”
Page 205 :
There is a letter from Madame de Montespan to Madame de Peyrolles, her friend and confidante, in which she complains of the inefficacy of a book which she states “has all that what the sages specify and yet, there is something incorrect in it, a play on words which never falls into the correct sequence.”
“Who else owned it.”
“The Count of Saint-Germain, who sold it to Cazotte.”
“Jacques Cazotte ?»
« Yes. The author of The Devil in Love, who was guillotined in 1792. Do you know the book?”
Corso nodded cautiously. The links where so obvious that they were impossible.
“I read it once.”
Pierry. M. Casotte makes five hundred pieces. … The M. de Casotte at Pierry formerly was the first house. Their successors, by some imperceptible change of culture, have degraded the quality of their wines. Their cellars are admirably made, being about six, eight or ten feet wide, vaulted, and extending into the ground, in a kind of labyrinth, to a prodigious distance, with an air hole of two feet diameter every fifty feet. From the top of the vault to the surface of the earth, is from fifteen to thirty feet. I have nowhere seen cellars comparable to these. In packing their bottles, they lay on their side; then cross them at each end, they lay laths, and on these an another row of bottles, heads and points; and so on. By this means, they can take out a bottle from the top, or where they will.
Le personnage Cazotte délivre une prophétie sentencieuse de la chute de Mme du Barry et de ses pairs.
Il reprend les affirmations de La Harpe
Une exposition « Héritages de Jacques Cazotte » a été produite par la Mairie de Pierry, en partenariat avec le Département de la Marne. La Société recherche le support pour la mettre à disposition des établissements scolaires qui souhaiteraient la présenter.
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Nous avons distingué celles consacrées à son œuvre littéraire des études champenoises. En effet, Jacques Cazotte a déployé une grande activité à compter de 1759 en Champagne, de notable local,...
BIBLIOPHILIE DES ŒUVRES DE JACQUES CAZOTTE Il est intéressant de noter que les œuvres de Cazotte continuent d’être publiées, surtout le « Diable amoureux ». Longtemps été inscrit au programme de...
BIBLIOGRAPHIE : LIVRES DE ET SUR JACQUES CAZOTTE Si l’œuvre de Cazotte est aussitôt assimilée au « Diable Amoureux », ce n’est que tardivement qu’il publiera son chef d’œuvre mystérieux. Le roman...