Armand Bourgeois, lettré champenois, fut un admirateur de Cazotte. Il fit une description du salon que Cazotte tenait à Pierry, à partir des souvenirs recueillis sur place par ses soins, dans un opuscule qui illustre l’ambiance des hommes et femmes illustres que Cazotte réunissait autour de lui. On imagine bien les conversations, les repas, le champagne partagé entre ces personnages qui se retrouvaient dans le salon de Cazotte que comme d’autres intellectuels de l’époque, il avait plaisir à tenir. Il faut rappeler que Pierry, certes éloigné de Paris ou Chalons, avait construit sur la route d’Epernay, une suite de belles demeures, et de châteaux dont celui de Monseigneur de Choiseul, qui accueillaient hauts fonctionnaires, intendants, personnalités, qui s’y retrouvaient aux beaux jours.
Le cadre était superbe, des bibliothèques remplies de livres, les murs couverts de tableaux et gravures de la collection Cazotte, les tables offraient les vins rouges et blancs et surtout le fameux mousseux que Cazotte avait appris de son ami, cellérier des abbayes d’Hauvillers, avec les religieux de Saint-Pierre de Châlons qui administraient Pierry.

Cazotte réunissait la haute société locale et les personnalités de passage : la duchesse de Coigny et la comtesse de Coislin de Mareuil en Brie, la marquise d’Estournel, de Brugny, la comtesse de Meulan, d’Ablois, la comtesse de Failly, et bien sur la marquise de la Croix qui demeurait chez Cazotte. On y accueillait Condorcet, Caron de Beaumarchais, Chamfort, le neveu de Rameau, et le marquis de Flavigny, le lieutenant de la Motte, et les époux des dames citées plus haut, André Chénier qui s’inspira de la duchesse de Fleury. La haute société des planteurs et fonctionnaires de Martinique y faisait halte. Claude de Saint-Martin dit le « philosophe inconnu » y faisait halte parfois. C’est là que le chevalier Robinet de Plas fit sa première rencontre avec Elisabeth, fille de Cazotte, alors très jeune, et qu’il épousa plus tard.
On y partageait les lectures, les récits et les poésies, les fables et les contes que Cazotte racontait volontiers, on y jouait des piécettes, on écoutait le neveu de Rameau ou Elisabeth Cazotte au clavecin, mais aussi on discourait politique, en écoutant les échos de la Cour de Versailles, ainsi que les derniers débats sur la liberté, sur les réformes nécessaires dont bruissait Paris. Cazotte qui avait été attiré par la secte des martinistes, était épris de mysticisme et faisait diverses prédictions, parfois inquiétantes, mais c’était à la mode, et la conversation y était enchantée.
source : Le Salon de Cazotte, Armand Bourgeois, Chalons sur Marne, 1890, et divers