Le portrait de Cazotte par Jean-Baptiste Perronneau est très connu, c’est une huile sur toile de 92cm
sur 73cm. Exposé dans la Salle des portraits, un lieu prestigieux de la National Gallery de Londres, il
est repris abondamment dans la littérature comme l’exemple du lettré chic, aristocrate cultivé de la
seconde moitié du XVIIIème siècle français. Le sourire un peu narquois, la cravate habilement nouée,
la couleur de la veste rose, font de ce tableau un bel exemple de l’époque. Le portrait de Jacques
Cazotte aurait été réalisé au retour de Martinique, peut-être à l’occasion de la réception de
Perronneau à l’Académie des Beaux-Arts en 1753, (hypothèse d’Humphrey Wine, National Gallery).

Devenir du tableau

A la mort de Jaques Cazotte, le tableau aurait été saisi en 1794 puis récupéré par Jacques Scévole en
1816, dans la partie des biens restitués. Ceci dit, il n’apparait nulle part dans les inventaires réalisés
entre 1794 et 1818, et il aurait pu être caché par les domestiques (Marie Claire ?) avant la pose des
scellés de Pierry, avant d’être rendu à Elisabeth Roignan ou à Jacques Scévole, encore un mystère. En
1853, le tableau apparait dans les biens de Charles-Ferdinand de Cazotte, puis de son fils ainé
Jacques Charles Alexandre de Cazotte, ministre plénipotentiaire, qui avait hérité des archives et biens
familiaux. Ce dernier, sans postérité, meurt en 1926. Sa sœur Marie Mathilde Blanche de Cazotte qui
avait épousé Henry Desportes de la Fosse, hélas joueur et criblé de dettes s’empare des tableaux de
famille. Blanche les met en vente pour rembourser les dettes de son mari, à la grande fureur du reste
de la famille !
Sa belle-sœur, Mary O’Connor de Cazotte, veuve de Charles-Gaspard de Cazotte (dernier fils de
Charles-Ferdinand), put en racheter une grande partie, mais le tableau de Perronneau, trop cher, fut
vendu en 1918 (ou plutôt 1927), à un prix élevé par Wildenstein Paris à Madame Mozelle Sassoon,
dont hérita Violet Leah Fitzgerald, à Londres. Il réapparait enfin en 1976, vendu par Christie’s, où il
est acheté par la National Gallery pour la somme de 80 000£ sterling (environ 850 000€). Au moins,
aujourd’hui, il est accessible à la vue de tous !

Les copies

Il existe un deuxième exemplaire, attribué à Perronneau, mais plutôt une copie de 1760, au Musée
des Beaux-arts de Châlons en Champagne, selon Cazotte « Mon mauvais portrait copié qui avait
couté 4 louis à l’abbé Cazotte », aussi visible à tous les visiteurs. Il aurait été caché de Jacques-
Scévole avec celui, dit de sa mère, à Châlons, par les services administratifs du Museum de Châlons,
s’agissant d’un « contre-révolutionnaire ». Diverses autres copies (4), de moindre qualité, mais
d’époque ont été réalisées, on en trouvera les visuels dans l’iconographie.
A noter que la National Gallery (Londres) dispose curieusement du portrait de la Marquise de la
Croix, en pied, par Louis Carmontelle, résidente sulfureuse chez Cazotte à Pierry.