Les Cazotte ont eu la chance de pouvoir compter sur la protection d’une grande famille, Pairs de France dès le début du XVIIIème siècle. Le Chanoine Chrétien Nicolas Cazotte sera l’administrateur ecclésiastique pendant trente ans de Claude Antoine de Choiseul Beaupré, évêque de Chalons sur Marne. Ce dernier construira le château de Pierry en 1734, et investira dans le vignoble, peu de temps après que son bras droit Chrétien Nicolas Cazotte qui fit de même, en initiant la construction de la Marquetterie, constituant ultérieurement un domaine viticole considérable.

C’est grâce à cette relation que le jeune Cazotte sera introduit au ministère des Affaires étrangères et au ministère de la Marine, étudiant dijonnais « montant » à Paris, soutenu par Etienne François de Choiseul Beaupré qui sera plus tard l’un des principaux ministres de Louis XV. Avant d’accéder à ces hautes fonctions Choiseul le conseillera et l’orientera dans sa carrière. Son cousin César-Gabriel de Choiseul-Praslin qui lui succèdera au ministère de la Marine, au retour de Cazotte en France sera aussi un des interlocuteurs de Cazotte.

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Chrétien Nicolas Cazotte (1704-1760), est vicaire général, official du diocèse, archidiacre, grand archidiacre à Châlons. Il officie auprès de Monseigneur Claude Antoine de Choiseul Beaupré (1697-1763), Pair de France, évêque de Châlons sur Marne, pendant près de 30 ans, de 1734 jusqu’à sa mort à 56 ans en 1760.  Chrétien Nicolas était donc l’administrateur ecclésiastique de Monseigneur de Choiseul. On peut supposer que la confiance établie entre les deux hommes leur permit de mener plusieurs projets communs, dont l’implantation immobilière et viticole qu’ils firent tous les deux à Pierry.

L’évêque Claude Antoine de Choiseul édifie le château de Pierry en 1734, résidence viti-vinicole, avec pressoir, celliers et caves. On verra que les liens entre Choiseul et Cazotte conduisent aussi à une alliance entre les personnels, puisque Jean-Baptiste Gobillard, premier maitre vigneron de Monseigneur de Choiseul fut l’époux de Marie-Claire, principale employée d’Elisabeth Cazotte.

L’abbé Chrétien Nicolas Cazotte introduit son jeune frère Jacques, qui a 15 ans de moins, « dès sa plus grande jeunesse », soit à l’adolescence, à l’évêque de Chalons, qui le prit sous sa protection avec sa famille. Cela s’est peut-être fait durant ses années de lycée à Dijon, chez les jésuites, où Cazotte apprit les langues, anglais, italien, espagnol, et fit à l’Université de Dijon son droit et passa son diplôme d’avocat. Les Choiseul, Evêque et Duc sont cousins, tous les deux Pairs de France, et se retrouvent à la Cour, ils ont vingt ans de différence. C’est là qu’ils décident, on peut le supposer, de la carrière du jeune Jacques, (son père Bernard Denis décédant en 1741), à compter de 1740, le Duc le confiant à Jean-Frédéric de Maurepas, ministre de la Marine. Jacques Cazotte est nommé, pour sa première affectation, au Service de la Plume, suivie de son stage de droit de deux ans, puis ses premiers postes de terrain au Havre, à Brest et ses premières campagnes navales. Cazotte y suivit naturellement une filière d’écrivain, d’administrateur puis commissaire de Marine.

En effet, Jacques Cazotte, arrivant à Paris, ne dispose d’aucun titre de noblesse, et a besoin d’une protection pour faire carrière. Il a publié ses premiers contes et c’est un personnage qui intrigue déjà.

Le Duc Etienne François de Choiseul Beaupré (1719-1785), Pair de France est un très grand personnage politique, sinon le plus grand de son époque. Curieusement il est jumeau de Jacques Cazotte. Le duc de Choiseul fit une carrière militaire, puis diplomatique avant d’être principal ministre d’Etat de Louis XV, à compter de 1758, puis ambassadeur près le Saint Siège, puis à Vienne. Il est appelé auprès du roi qui le nomme Secrétaire d’Etat à la Marine et des Colonies, Secrétaire d’Etat à la Guerre et Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères (1761-1766/1770). Il sera banni en 1770, jalousé par diverses factions, perdant la protection de Madame de Pompadour à sa mort en 1765, et s’installera au château de Chanteloup. Louis XVI ne lui pardonnera pas d’avoir pesé en faveur de l’expulsion des jésuites. Choiseul est un libéral progressiste, doté d’une grande vision internationale, qui contribuera à l’indépendance américaine. Il intervient lors de l’expulsion des jésuites en 1763, après un vote du Parlement, et l’affaire Lavalette de 1760 qui ruinât Cazotte. On peut supposer là aussi qu’un lien fut établi autour de la question des jésuites, Cazotte se joignant au procès contre la Société de Jésus malgré ses liens d’affection pour la compagnie. Peut-être fut ‘il aussi informé de l’engagement du fils ainé de Cazotte, Jacques-Scévole, en 1778 à 14 ans, dans la Marine où il combattit pour la guerre d’indépendance américaine, dont Choiseul était partie prenante ?

Collectionneur d’art par sa femme, née Crozat (la collection Crozat rassemblait peintres italiens, hollandais, français, dont Chardin, Le Lorrain, Watteau, van Dyck, Hubert Robert, etc. et une collection d’estampes) Choiseul était en contact avec de nombreux marchands. Sa collection fut dispersée aux enchères en 1772, et achetée par Catherine de Russie. Peut-être un lien existait ‘il entre Cazotte et Choiseul sur le plan artistique, puisque Cazotte constitua aussi une collection importante à la même époque ?

Cazotte écrira en 1759 une longue lettre au Duc de Choiseul, sans passer par la voie hiérarchique comme il le fera dans ses relations avec les divers ministres de la Marine (Maurepas, Rouillé, César de Choiseul), lors de la fin de sa mission en Martinique. Il lui fait un long rapport sur la déplorable conduite des responsables locaux lors de la perte de la Guadeloupe. Il met en évidence les incohérences des prises de décisions et propose des réformes importantes en matière d’administration des colonies par la création d’un Conseil des colonies qui permettrait de mieux piloter ces territoires. Il se défend contre les diverses calomnies qui sont propagées par ses ennemis.

César Gabriel de Choiseul, duc de Praslin, ministre de la Marine de 1766, à 1770. Cousin d’Etienne François, et lui succédant à la Marine royale recevra aussi un dernier courrier connu de Jacques Cazotte, en 1766 (?) lors de sa prise de fonction, où celui-ci lui rappelle sa carrière et le fait qu’il n’a toujours pas de retraite, hélas.

On voit qu’il y a de nombreux recoupements Cazotte/de Choiseul au cours du 18ème siècle. Sans doute doit-on pouvoir encore trouver d’autres connexions qui restent à établir.