Elisabeth est née le 11 avril 1767 à Pierry et morte en couches, en 1802 après avoir épousé François Barnabé Robinet de Plas. Elisabeth, que l’on appela toujours Zabeth, pour la distinguer de sa mère, naquit à Pierry. Elle y vécut jusqu’à la Révolution. Dès l’origine, elle fut l’objet de l’adulation de toute la famille. Après une éducation très soignée, elle devint très tôt secrétaire de son père.

Fiancée au Chevalier de Plas avant qu’il ne partît en émigration, Elisabeth défendit son père au moment de son arrestation à Pierry puis à Epernay. Il semblerait, selon un courrier d’Elisabeth, que cette arrestation fut liée à un révolutionnaire éconduit, un certain M. Bertin, qui la poursuivait de ses avances à Pierry et qui agissait contre Cazotte. Face à ses accusateurs, elle se mit en avant affirmant qu’elle avait rédigé les fameuses lettres de Cazotte à Pouteau à la cour sous la dictée de son père. La foule menaçante et hurlante depuis Epernay à Paris accompagna les gendarmes qui les enferma à l’Abbaye de Saint Germain des Prés, le 25 aout 1792, où aboutissaient les suspects.

Jacques et sa fille furent entendus à plusieurs reprises par Fouquier- Tinville qui acquitta Elisabeth, qui put se confier à Marie Claire qui la soutenait depuis la cour de l’Abbaye. Mais les défaites face aux prussiens donnent à Marat et Danton l’énergie pour punir les « ennemis de l’intérieur ». Ils envoient le 2 septembre Billaud-Varenne, substitut de la commune de Paris, « marchant sur les cadavres », pour hâter le carnage. Les marseillais se précipitent alors à l’Abbaye, où sont enfermés de nombreux ecclésiastiques, et initient une véritable boucherie après des simulacres de procès. Le nom de Cazotte est appelé, mais Elisabeth, qui est alors dans la salle des femmes, protégée par la princesse de Tarente, se jette parmi les gardes et saute au-devant du tribunal. « A la force » retenti et Cazotte imperturbable est trainé dehors, sa mort certaine, sa fille couvrant son corps du sien. Elle supplie les bourreaux en un émouvant discours.

Elle s’écrie : « On n’arrivera à son cœur, qu’après avoir percé le mien ». Elle semble vaincre leur animosité, elle boit un verre de vin teinté de sang et s’entend proclamer « vive la liberté, l’égalité ou la mort, vive la nation, vive la république ! ». Les hourras fusent. Un nommé Bourdier emmène le père et la fille au milieu des acclamations jusqu’à une voiture qui les conduit rue Thévenot où résidaient les Cazotte. Zabeth a sauvé son père. Cette scène célèbre a fait l’objet de plusieurs tableaux, dont celui de Claude-Noël Thévenin (1834) ci-dessous, qui se trouve au Musée de la Révolution française à Vizille. 

Hélas le répit de Jacques Cazotte fut de courte durée, Péthion fit arrêter Cazotte dès le 13 septembre à la demande de Fouquier-Tinville qui voulut reprendre toute l’affaire et fut emprisonné à la Conciergerie.  Elisabeth tenta de l’accompagner au long du procès, ce qu’elle fit avant d’être expulsée dans une pièce fermée, par les avocats et les juges. Elle tomba malade et ne reprit ses esprits qu’après la condamnation de son père et sa mort. Son père sur l’échafaud demanda qu’on lui fit parvenir une mèche de ses cheveux, « Je ne regrette qu’elle » aurait-il dit. Elle cacha l’issue fatale à sa mère, lui disant que Cazotte était mort d’épuisement lors du jugement.

Toujours poursuivie par M. Bertin, elle se réfugia avec sa mère à Versailles sous un nom d’emprunt, pendant près de deux ans. Sans ressources, elle vivra avec sa mère à quémander des subsides à Reims, à Epernay, sans que cela aboutisse, et ne vit que pour sa mère. Dix ans après, en 1801 elle épouse le Chevalier de Plas, de retour d’émigration. Mais son bonheur fut de courte durée, car ultime drame, elle meurt en couches, des suites d’une césarienne, en même temps que son enfant, un an plus tard, dans les bras de sa mère, après avoir écrit un dernier mot à son cher frère Scévole : « je t’écris au commencement des douleurs avant coureuses de la délivrance. Maman se charge de te mander le résultat, j’espère qu’il sera heureux ». François de Plas dira « Une telle femme ne devait être que prêtée à au commencement  terre. Qui pourrait être digne d’elle ? ».

source : lettre d’Elisabeth Cazotte du 5 novembre 1799