Pierre Bardin, dans Généalogie et Histoire de la Caraïbe, commet un petit article « Les esclaves de Cazotte, des Antilles à la Champagne » (avril 2017). G. de la Landelle a écrit (fin 19ème) un petit livret sur Marie Claire, reprenant les traditions familiales, qui sera corrigé plus tard par l’instituteur de Pierry, Paul Foureur, « Marie Claire la quarteronne, 1934 ».
Esclaves et affranchis
Entre 1747 et 1759 Jacques Cazotte exerce à la Martinique. Envoyé à Fort Royal par le Ministre Choiseul qui le protège, Cazotte est successivement commissaire et contrôleur de la Marine aux Iles, puis Commissaire général lors de sa prise de retraite. Il s’affronte aux intendants et au Gouverneur dont l’incompétence est grande. Il joue un rôle important pour protéger les Antilles françaises de la pression militaire anglaise, malgré la prise de la Guadeloupe et rentre désabusé et malade du scorbut en France.
Avec son retour en France en 1759, et son mariage ensuite avec Elisabeth Roignan, fille de Simon Roignan, conseiller du roi et lieutenant du Fort Royal, issu d’une famille de planteurs de canne à sucre, Cazotte héberge et emploie à Pierry plusieurs domestiques antillais. Un dénommé Jean-Baptiste Boissaude sert à Paris chez Jacques Cazotte, son cousin homonyme, rue Thévenot. On ne sait pas s’il est affranchi. On connait les noms des quatre ou cinq personnes qui le suivent à Pierry, et qui seraient les uniques « personnes noires » du Département de la Marne. Judith, servante et affranchie, qui a environ 18 ans à son arrivée et qui meurt en 1784, pieusement enterrée à Pierry. Modeste, domestique, n’a pas été affranchi, et décède à Pierry en 1776 à 42 ans. Jean-Hilaire, esclave, rentrera en Martinique en 1764 avec Simon Roignan, à la suite des campagnes de rapatriement des esclaves vers les Antilles, demandé par le Roi et Choiseul, laissant Modeste, non déclaré, sur place.
Louis, dit Palanquet, mulâtre libre, est originaire de Fort Royal. Il a 25 ans quand Jacques Cazotte le ramène de Rochefort, où Cazotte était allé en déplacement depuis Pierry.
Modeste (décédé en 1776) et Judith eurent trois enfants connus, nés à Pierry, François (1763-1766), Jean Ely, né en 1769, Catherine, née en 1776. Il reste à retrouver leur descendance. Louis et Marie-Claire n’eurent pas d’enfants.
- Marie-Claire et Marie Henriette Claire, deux personnages exceptionnels
Marie-Claire, mulâtresse est métisse. Elle est affranchie, mais née esclave. Elle arrive en 1762, à l’âge de 23 ans, après le mariage de Jacques Cazotte et Elisabeth Roignan, accompagnée de sa fillette de quatre ans, appelée Marie Henriette Claire, et dont le père est inconnu, blanc. Cette dernière est donc « quarteronne », comme on le dit à l’époque, c’est-à-dire avec ¼ de sang noir.
Marie Claire, la mulâtresse, avait fait des études scolaires en Martinique, qu’elle poursuivit à Epernay. De « soubrette », attachée à Elisabeth Roignan, devenue épouse de Jacques Cazotte, elle devint « femme de charge », organisant la vie de la famille Cazotte à Pierry.
Dès 1766, elle épouse Louis, dit Palanquet, qui est instruit, sachant lire et écrire. Ils n’eurent pas d’enfants. Marie-Claire accompagna et « éleva » pendant vingt ans les trois enfants : Jacques-Scévole, Henri Nicolas et Zabeth, en même temps que sa fillette qui put suivre la même scolarité.
Lors de l’arrestation de Jacques et Elisabeth Cazotte en 1792, elle obtint des révolutionnaires de pouvoir les suivre à Paris, et put les servir dans la prison de l’Abbaye, tenant tête aux « marseillais » à qui elle en imposait courageusement : « cette diablesse de brune avait la langue si bien pendue, une allure si plaisante », rapporte-t-on, et les marseillais ôtaient leurs bonnets rouges devant elle. Elle avait su aussi intéresser au sort des Cazotte un certain nombre des tricoteuses qui « garnissaient les bancs de la cour d’entrée », et fut celle qui aurait évité à Cazotte, protégé par sa fille Elisabeth, d’être égorgé sur le champ lors du massacre de l’Abbaye, le permettant d’être sauvé, sous les hourras de la foule. Elle intervint encore lorsque Cazotte fut de nouveau incarcéré à la Conciergerie et condamné à mort, en agitant les marseillais, pour qu’ils sauvent à nouveau Cazotte de la mort. Elle devait suivre ensuite Elisabeth, épouse et Zabeth, fille de Jacques Cazotte à Versailles après la mort de Cazotte.
Sa fille au même nom, Marie-Claire, dite la quarteronne, épousera en 1787, Jean-Paul Gobillard, maître tonnelier, employé des Choiseul, qui habitait à côté, avec l’accord des Cazotte, qui financèrent le mariage. Le couple ouvrit une petite auberge à Pierry, mais Marie-Claire continuât d’exercer chez Jacques et Elisabeth Cazotte.
Après le drame de la guillotine, c’est cette dernière qui assura à Pierry la garde des biens Cazotte, meubles et portraits, documents de famille, alors que des scellés étaient mis sur la maison, gardant le contact avec Versailles, bien que Simon Henry et Jacques Scévole aient fui de France, poursuivant son soutien à la famille jusqu’à la mort de Zabeth en couches, et celle d’Elisabeth Roignan.
Les affaires de Jean-Christophe et Marie-Claire Gobillard se portaient bien, avec l’auberge, et l’acquisition peu à peu de vignes, fermettes et maisonnettes à Pierry, ainsi qu’une ferme de 56 hectares. En 1811, leur fortune est estimée à 50-60 000 francs. Ils acquèrent une belle maison sur la rue principale de Pierry.
Survivant au décès de son époux en 1820, elle voulut se dépouiller au profit des Cazotte, et signa devant le maire de Pierry la dévolution de ses biens au profit de Jacques-Scévole, conservant l’usufruit. Elle suivit avec dévotion Jacques-Scévole et l’arrivée de ses nombreux enfants en se rendant souvent à Versailles et en les accueillant à Pierry, chez elle et chez lui !
Son dévouement, sa grande abnégation sont reconnues, on rappelle la réception en 1825 au Château de Mareuil où elle occupa la place d’honneur, à l’invitation du comte Louis-Marie et la comtesse d’Hunolstein, selon la relation qu’en fit G de La Landelle, mais le journaliste semble confondre les deux Marie-Claire.
Elle mourra en 1830 à Pierry, à plus de 70 ans, entourée des siens et de Jacques-Scévole, qui hérita alors des biens à Pierry lui permettant de subvenir à ses besoins.