Nous avons aussi initié le recueil de citations de Cazotte reprise en littérature et faisons appel aux lecteurs pour compléter les références connues : Borges, Chateaubriand, Jefferson, Perez Reverte.
- François René de Chateaubriand, Mémoires d’Outre-Tombe
Je m’enfonçai dans la forêt, je n’étais pas trop triste ; la solitude m’avait rendu à ma nature. Je chantonnais la romance de l’infortuné Cazotte :
Tout au beau milieu des Ardennes,
Est un château sur le haut d’un rocher, etc. etc.
N’était ce point dans le donjon de ce château des fantômes que le roi d’Espagne, Philippe II, fit enfermer mon compatriote, le capitaine La Noue, qui eut pour grand-mère une Chateaubriand ?
- Jorge Luis Borges, Introduction au Diable amoureux, 1978, édition Retz-Ricci
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Diviser l’histoire en siècles n’est peut-être pas moins arbitraire que de diviser l’espace en points et le temps en instants, mais ces unités sont des archétypes qui nous aider à imaginer, et chaque siècle nous propose une image cohérente. L’admirable XVIIIème fut le siècle de Voltaire et de l’Encyclopédie, mais il fut aussi celui de Swedenborg et son disciple rebelle William Blake. Il n’est sans doute pas inutile de rappeler que ce fut le siècle d’Ossian, de l’apocryphe Ossian et de l’épopée celte, qui inaugura le vaste mouvement romantique. Ce caractère ambigu se reflète dans le Diable amoureux de Jacques Cazotte… Il est rédigé dans une prose française raisonnable et claire, mais sa fable est fantastique. Déjà Voltaire, dans Micromégas et dans le Blanc et le Noir, avait donné l’exemple ; déjà Antoine Galland avait révélé à l’Occident les Mille et Une Nuits, Cazotte a dû se souvenir de ce titre dans Mille et Une Fadaises, Contes à dormir debout ; de même le Diablle amoureux est une antithèse voulue du Diable boiteux, de Lesage. L’argument de Cazotte ne se réduit pas à un artifice du Démon qui prend l’apparence d’une femme aux fins de s’emparer d’Alvaro ; le Démon, pris à son propre jeu, s’éprend d’Alvaro, comme si l’éphémère mascarade avait transformé son essence jusqu’au point de le convertir en la véritable et passionnée héroïne de l’œuvre. En Biondetta, il ne reste rien de la monstrueuse apparition répond à la conjuration d’Alvaro dans les ruines de Portici et qui lui dit en italien : Che vuoi ? Le masque est le visage ; la satanique séductrice est la femme séduite et elle continuera de l’être, tourmentée et plaintive, tout au long de la fable, si riche en épisodes idylliques. Plus d’une fois, Belzébuth-Biondetta épuise les diverses ruses qu’inventent toutes les femmes pour attirer un homme. Le style, délibérément frivole, joue constamment avec la terreur, mais contrairement à Vathek, de date ultérieure, il ne se propose jamais de nous alarmer. Cazotte ne pouvait prévoir que sa fable serait soumise à la mythologie pathologique du récent Procuste, Sigmund Freud.
Gabriel Saad, disciple de Procuste, a réussi à faire de Bélzébuth-Biondetta une hypostase de la mère et du père de l’écrivain, ce qui est plus chimérique et sans doute plus terrifiant que le livre qu’il s’est proposé d’expliquer. Ajoutons que c’est moins séduisant.
Cazotte est né à Dijon vers 1720. Comme Diderot et comme Joyce, il fut éduqué par les jésuites, mais contrairement à eux il n’abjura pas de la foi chrétienne. Selon Nodier, à vingt ans, déjà installé à Paris, Cazotte écrit, « J’étais un amoureux de la solitude, du recueillement, des méditations vagues et vaines…Je décidai de m’isoler totalement, de presque tout le monde, même dans des manifestations les plus courantes de la vie extérieure. Je portais alors un long vêtement soigneusement boutonné jusqu’au menton, un chapeau rond et plat aux larges ailes tombantes, des guêtres de cuir écru fermées par des agrafes d’acier. A cela s’ajoutaient des cheveux non poudrés, coupés assez près du front et tombant sur le cou et les épaules. » En 1747, il obtint le grade de commissaire dans la marine et est affecté à la Martinique. Là, il épouse la fille du juge de l’Ile, Elisabeth Roignan. Deux ans plus tard, il repousse une invasion des Anglais. A la fin de sa vie, il invoquera, dans ses lettres, le souvenir de cette résistance pour que la Martinique se défende d’une attaque des soldats de la République. En même temps qu’à la routine de sa fonction officielle, Cazotte consacre son temps à l’exploitation de la propriété que sa femme avait apportée en dot. Vers 1758, il décide de retourner dans sa patrie. La Compagnie de Jésus avait organisé un vaste système bancaire qui porte aujourd’hui le nom ce Chèques de voyage. Cazotte profite du système et de l’étroite amitié qui l’unit à l’Ordre pour confier aux soins de ce dernier le montant total de la vente de ses biens dans l’île.
En France, toutes ses démarches furent vaines, et il ne récupérera pas le moindre centime. Après une série de lettre aussi patientes qu’inutiles, adressées au supérieur de l’Ordre, il publie un mémoire relatant l’aboutissement malheureux de liens datant de son enfance. Finalement, résigné, il entame un procès. La rupture coïncide avec le moment où il se rapproche de l’occultisme, et elle semble stimuler son activité créatrice. En 1772, il publie le Diable amoureux ; le succès est immense et on l’accuse d’avoir révélé des mystères que les initiés doivent tenir secrets. Les critiques, raisonnablement, attribuent à l’imagination la rencontre avec le Démon. Sa réputation de visionnaire fit qu’on lui attribua une prophétie concernant sa propre mort et la Terreur. Du reste, Cazotte lui-même déclare : « Nous vivons parmi les esprits de nos ancêtres ; le monde invisible nous cerne…Sans cesse, les amis auxquels nous pensons s’approchent familièrement de nous…Je vois le bien, le mal, les bons et les méchants ; parfois, la confusion des êtres est telle, quand je les regarde, que je ne sais pas toujours distinguer dès le premier instant, ceux qui vivent dans leur chair de ceux qui ont abandonné les apparences grossières… » Et il ajoute : « Ce matin, durant la prière qui nous réunissait sous le regarde du Dieu Tout-Puissant, la pièce était si remplie de vivants et de morts de tous les temps et de tous les pays que ne je pouvais distinguer entre la vie et la mort ; c’tait une étrange confusion mais aussi un magnifique spectacle. »
Monarchiste fervent, il ne cache jamais son adhésion à Louis XVI. En août 1792, les autorités saisissent des lettres où l’on croit voir une conspiration, Cazotte est arrêté ; sa fille Elisabeth l’accompagne volontairement en prison. Le sort lui réserve une fin splendide ; en montant à l’échafaud, à plus de soixante-dix ans, il pourra dire : « Je meurs comme j’ai vécu, fidèle à Dieu et à mon roi. »
Jorge Luis Borges
- Arturo Perez Reverte, Le Club Dumas (traduction anglaise Sonia Soto), Panther, 1996
Page 180 :
Now the girl who wasn’t Nikon was holding a small, leather bound book. She was holding it out to him.
“I hope you like it.”
The Devil in Love by Jacques Cazotte, the 1978 edition. When he opened it, Corso recognized the prints from the first edition in a facsimile appendix: Alvaro in the magic circle before the Devil, who asks, “Che vuoi?”; Biondetta untangling her hair with her fingers; the handsome pageboy sitting at the harpsichord… He chose a page at random:
…. man emerged from a handful of earth and water. Why should a woman not be made of dew, earthly vapours and rays of light, of the condensed residues of a rainbow? Where does the possible lie? And where the impossible?
He closed the book and looked up. His eyes met the smiling eyes of the girl…..
Page 189 :
« Who are you ? »
“The Devil,” she said. “The Devil in love.”
And she laughed. The book by Cazotte was on the sideboard, next to the Memoirs of Saint-Helena and some papers. The girl looked at it but didn’t touch it. Then she laid one finger on it and looked at Corso.
“Do you believe in the Devil?”
“I’m paid to believe in him. On the job anyway.”
She nodded slowly, as she already knew what he was going to say. She stared at Corso with curiosity, her lips parted, waiting for a sign or gesture which only she could understand.
“Do you know why I like this book, Corso?”
“No. Tell me.”
“Because the protagonist is sincere. His love isn’t a trick to damn a soul. Biondetta is tender and faithful. She admires in Alvaro the same things the Devil loves in mankind: his courage, his independence…” Her eyelashes came down over her light irises for a moment. “His desire for knowledge and his lucidity.”
“You seem very well informed. What do you know of all this?”
“Much more than you imagine.”
“I don’t imagine anything. Everything I know about the Devil and his loves and hates comes from literature: Paradise Lost, The Devine Comedy, passing through Faust and The Brothers Karamazov…”
Page 205 :
There is a letter from Madame de Montespan to Madame de Peyrolles, her friend and confidante, in which she complains of the inefficacy of a book which she states “has all that what the sages specify and yet, there is something incorrect in it, a play on words which never falls into the correct sequence.”
“Who else owned it.”
“The Count of Saint-Germain, who sold it to Cazotte.”
“Jacques Cazotte ?»
« Yes. The author of The Devil in Love, who was guillotined in 1792. Do you know the book?”
Corso nodded cautiously. The links where so obvious that they were impossible.
“I read it once.”
- Thomas Jefferson, Travel Journals, Library of America, 1984
Pierry. M. Casotte makes five hundred pieces. … The M. de Casotte at Pierry formerly was the first house. Their successors, by some imperceptible change of culture, have degraded the quality of their wines. Their cellars are admirably made, being about six, eight or ten feet wide, vaulted, and extending into the ground, in a kind of labyrinth, to a prodigious distance, with an air hole of two feet diameter every fifty feet. From the top of the vault to the surface of the earth, is from fifteen to thirty feet. I have nowhere seen cellars comparable to these. In packing their bottles, they lay on their side; then cross them at each end, they lay laths, and on these an another row of bottles, heads and points; and so on. By this means, they can take out a bottle from the top, or where they will.
- Ezio Camussi, Opera “La Du Barry”, 1913
Le personnage Cazotte délivre une prophétie sentencieuse de la chute de Mme du Barry et de ses pairs.
- Alexandre Dumas, Histoire de deux siècles, Paris, 1852, (p 151, ed. Dufour et Mulat)
Il reprend les affirmations de La Harpe