La famille Cazotte trouve son origine en Bourgogne, et plus particulièrement à Dijon où les recherches généalogiques conduites sur place par Denis de Cazotte dans les années 1990 ont permis d’éclairer les filiations, et d’apprécier l’environnement familial du 16ème– au début du 18ème siècle. Au-delà, les seules traces connues des Cazotte, sont antérieures de deux siècles: Ancher de Cazote, procureur de l’Abbé de Saint Balmes à Verzy, déjà en Champagne (!), en 1352, deux siècles plus tôt, apparait dans un document signé du Roi, concernant une affaire de règlement des frais du sacre de Jean II Le Bon à Reims.
Jehan Cazotte, époux de Claudine Bernard, est inscrit au rôle des tailles à Dijon en 1568, et est notable à l’assemblée de la Chambre de Ville en 1577. C’est de lui qu’est issu la famille Cazotte étudiée dans ce blog. De son mariage avec successivement Claudine Bernard et Aglantine Dimanche sont issus Jean, Pierre, Jacques, Jeanne Antoinette, Henriette. Ils sont baptisés à Dijon et sont échevins et procureurs au Parlement et à la Cour (Jean en 1617, Pierre en 1634, Claude Pierre en 1690, Claude Pierre en 1727, etc.), notaires royaux, avocats, bourgeois, ou tanneurs (Jacques en 1612, Denis en 1630), fermier propriétaire et viticulteurs.
Les filles et leur descendance épousent aussi des notables de Dijon, premier échevin, y compris vicomte-major (Jacques de Frazans, 1625-1634), des familles Naulot, Bonnard, Desbarres, de Frazans, LaVerne, de Requeleyne, Fourneret, Bourrelier, Jacquinot, Gauthier, Bernard, de La Cour, etc.
Certains siègent à la « Table de marbre », Jean, conseiller en 1638, Pierre, avocat général en 1725, Denis Guillaume, avocat général en 1747. Cette institution créée en 1554, est une annexe du Parlement de Bourgogne, et servait de lieu de jugement pour diverses affaires ordinaires, abus, délits, malversations.
Dans les archives familiales est référencée un « cahier bleu », reprenant une généalogie écrite en 1750 environ par Claude Pierre Cazotte, procureur du Roi à la chambre des comptes de Bourgogne, la tradition qui dit que :
« Jean Cazotte a vécu au temps de la Ligue (1573-1595), lors de l’exécution de La Verne, dont il fut un des plus violents persécuteurs. Le Duc de Mayenne était tout puissant en Bourgogne ; Jean Cazotte, son fils et son gendre, Anselme Desbarres, lui étaient attachés, ce qui abaissa leur fortune. Le capitaine Gault, qui commandait pour le compte du Roi à Dijon avait été victime du triomphe momentané des Guise et Pierre et Jacques Cazotte durent s’expatrier…
Pierre Cazotte, écuyer, fils du précédent, est passé en Italie dans le Piémont sous le nom de Cazotti ; sa famille croyait qu’il y avait laissé postérité. Jacques Cazotte resta quelque temps expatrié avec son frère à la suite des troubles de la Ligue. Tous deux s’étaient soustraits à la vengeance qu’on aurait pu tirer de leur ardeur pour le parti de Guise ? Ce n’était qu’un succès de fidélité envers ceux auquel ils avaient coutume d’obéir » …
Il faut poursuivre les recherches sur cette histoire dijonnaise, ville modérée qui échappa à la Saint Barthélémy en 1570. Les archives indiquent que les Cazotte de l’époque auraient joué un rôle politique, alliés à la Ligue (ultra-catholiques, opposés au Roi, 1573-1595), faisant condamner en 1794 le complotiste La Verne, ligueur, puis traitre à son camp, Jean Cazotte, échevin, étant substitut du procureur lors de la condamnation. Les nouveaux succès d’Henri IV en Bourgogne qui permirent le rétablissement du pouvoir royal, n’évitèrent pas que certains Cazotte aient dû fuir du fait des troubles, cela reste à explorer. Plus tard en 1643, ce sont les « sœurs Cazotte » qui apparaissent lors d’une affaire criminelle suite à la condamnation à mort du Président Giroux, ayant assuré l’inhumation du corps à la Chapelle du Morimont.
Parallèlement à leurs responsabilités dans la cité de Dijon, les Cazotte sont aussi tanneurs et marchands pendant trois générations, Jacques, Denis, Jacques, Antoinette,
Nicole, Antoinette (1633-1685). Ils épousent dans leur communauté où se trouvent de nombreux parents et alliés. Ce sont des marchands de cuir, de parchemins, des filles et fils de tanneurs : Lordelot, Gautier, Guillardet, de Roqueleyne. Raffet, Giraud.
Ce fut un secteur où ils firent fortune et purent acquérir des charges. Certains étaient établis dans le quartier des tanneurs, entre l’hôpital du Saint Esprit et la rivière d’Ouche.
A compter de la fin XVII et début XVIIIème, les nombreux Cazotte quittent l’activité marchande et deviennent ou épousent par alliance pour la plupart, conseillers du Roi, hauts magistrats et officiels, détenteurs de charges anoblissantes.
C’est sur ce terreau fertile et très dynamique que sera issu l’imposant Bernard Denis, conseiller du roi, notaire , greffier des Etats de Bourgogne, père de Chrétien Nicolas, archidiacre administrateur du diocèse de Châlons, et de Jacques Cazotte, le littérateur.
Illustrations Louis Denis de Cazotte, 1996, Sceau du vicomte-majeur de Dijon au XVIème siècle, la table de marbre, le quartier des tanneurs…