La branche chilienne

La branche chilienne

Simon Henri Cazotte décède à la Dominique en 1814. Son mariage avec Sophie Anonyme Lafond  laisse deux enfants. Elisabeth Françoise qui ne se mariera pas et qui est sans descendance. Son fils Henri Nicolas Scévole de Cazotte est né le 19 mai 1802 à la Martinique et meurt à Paris le 2 aout 1878. Il eut une longue descendance, dite la branche chilienne. Il épouse à Santiago du Chili le 23 avril 1840 Maria del Carmen Alcalde y Velasco, issue d’une illustre famille chilienne, d’origine espagnole.

Henri de Cazotte est un diplomate français, entrant au ministère des affaires étrangères en 1823. Il effectue ses débuts d’élève consul à Amsterdam, puis à Rio de Janeiro, il est ensuite vice-consul à Lima, puis Valparaiso au Chili en 1837. Consul Général puis Chargé d’affaires plénipotentiaire à Santiago du Chili il est le premier représentant accrédité de la France au Chili, chargé par le roi Louis Philippe de négocier les traités de navigation et de commerce signés en 1846 avec la République du Chili. Accaparé par ses fonctions, ses affaires et son mariage éminent, il ne voulut pas quitter le Chili et ne rentra en France que pour y mourir.

Son portrait par Monvoisin, donné par la famille (Nemecio Antunez) orne la résidence de l’Ambassade de France à Santiago. 

De son mariage avec Maria Alcalde naquirent huit enfants dont deux garçons. Les filles Carmen, Laure, Eléonore, Carmela, Marie-Elisabeth, Marie-Thérèse. Toutes ces filles épousèrent des personnalités locales, notamment politiques, président du Sénat, président du Conseil, président de la Chambre des députés, … et de la noblesse terrienne du Chili. Laure par exemple épousa Carlos Antunez, qui fut ministre de l’Intérieur, président du Sénat chilien, et ministre plénipotentiaire du Chili à Paris. La famille Cazotte menait grand train et certains se souviennent encore à Santiago du Palacio Cazotte.

De ces familles sont issues aujourd’hui encore des familles éminentes, dont la famille Concha y Toro, et Walker Concha, qui occupe une grande place dans la vie politique, démocratie chrétienne, chilienne. La famille Antunez donna notamment le peintre Nemecio Antunez, ministre de la Culture de Salvator Allende.

Henry Jean Scévole, né en 1842 n’eut pas de postérité. Son frère, Louis Albert Scévole fut le seul à rentrer en France et fut ministre plénipotentiaire du Chili en France ! De son mariage avec Charlotte d’André, ils eurent trois enfants, Maria del Carmen, Henri Nicolas Scévole, né en 1879, mort prématurément à Marseille en 1928, et Laure. 

Henri Nicolas Scévole fut un important banquier, fondé de pouvoir de la Banque Demachy. Il présida la Société cinématographique de France qui produisit le film « Napoléon » d’Abel Gance. Il décéda sans postérité.

Elisabeth -Zabeth-, l’héroïne

Elisabeth est née le 11 avril 1767 à Pierry et morte en couches, en 1802 après avoir épousé François Barnabé Robinet de Plas. Elisabeth, que l’on appela toujours Zabeth, pour la distinguer de sa mère, naquit à Pierry. Elle y vécut jusqu’à la Révolution. Dès l’origine, elle fut l’objet de l’adulation de toute la famille. Après une éducation très soignée, elle devint très tôt secrétaire de son père.

Fiancée au Chevalier de Plas avant qu’il ne partît en émigration, Elisabeth défendit son père au moment de son arrestation à Pierry puis à Epernay. Il semblerait, selon un courrier d’Elisabeth, que cette arrestation fut liée à un révolutionnaire éconduit, un certain M. Bertin, qui la poursuivait de ses avances à Pierry et qui agissait contre Cazotte. Face à ses accusateurs, elle se mit en avant affirmant qu’elle avait rédigé les fameuses lettres de Cazotte à Pouteau à la cour sous la dictée de son père. La foule menaçante et hurlante depuis Epernay à Paris accompagna les gendarmes qui les enferma à l’Abbaye de Saint Germain des Prés, le 25 aout 1792, où aboutissaient les suspects.

Jacques et sa fille furent entendus à plusieurs reprises par Fouquier- Tinville qui acquitta Elisabeth, qui put se confier à Marie Claire qui la soutenait depuis la cour de l’Abbaye. Mais les défaites face aux prussiens donnent à Marat et Danton l’énergie pour punir les « ennemis de l’intérieur ». Ils envoient le 2 septembre Billaud-Varenne, substitut de la commune de Paris, « marchant sur les cadavres », pour hâter le carnage. Les marseillais se précipitent alors à l’Abbaye, où sont enfermés de nombreux ecclésiastiques, et initient une véritable boucherie après des simulacres de procès. Le nom de Cazotte est appelé, mais Elisabeth, qui est alors dans la salle des femmes, protégée par la princesse de Tarente, se jette parmi les gardes et saute au-devant du tribunal. « A la force » retenti et Cazotte imperturbable est trainé dehors, sa mort certaine, sa fille couvrant son corps du sien. Elle supplie les bourreaux en un émouvant discours.

Elle s’écrie : « On n’arrivera à son cœur, qu’après avoir percé le mien ». Elle semble vaincre leur animosité, elle boit un verre de vin teinté de sang et s’entend proclamer « vive la liberté, l’égalité ou la mort, vive la nation, vive la république ! ». Les hourras fusent. Un nommé Bourdier emmène le père et la fille au milieu des acclamations jusqu’à une voiture qui les conduit rue Thévenot où résidaient les Cazotte. Zabeth a sauvé son père. Cette scène célèbre a fait l’objet de plusieurs tableaux, dont celui de Claude-Noël Thévenin (1834) ci-dessous, qui se trouve au Musée de la Révolution française à Vizille. 

Hélas le répit de Jacques Cazotte fut de courte durée, Péthion fit arrêter Cazotte dès le 13 septembre à la demande de Fouquier-Tinville qui voulut reprendre toute l’affaire et fut emprisonné à la Conciergerie.  Elisabeth tenta de l’accompagner au long du procès, ce qu’elle fit avant d’être expulsée dans une pièce fermée, par les avocats et les juges. Elle tomba malade et ne reprit ses esprits qu’après la condamnation de son père et sa mort. Son père sur l’échafaud demanda qu’on lui fit parvenir une mèche de ses cheveux, « Je ne regrette qu’elle » aurait-il dit. Elle cacha l’issue fatale à sa mère, lui disant que Cazotte était mort d’épuisement lors du jugement.

Toujours poursuivie par M. Bertin, elle se réfugia avec sa mère à Versailles sous un nom d’emprunt, pendant près de deux ans. Sans ressources, elle vivra avec sa mère à quémander des subsides à Reims, à Epernay, sans que cela aboutisse, et ne vit que pour sa mère. Dix ans après, en 1801 elle épouse le Chevalier de Plas, de retour d’émigration. Mais son bonheur fut de courte durée, car ultime drame, elle meurt en couches, des suites d’une césarienne, en même temps que son enfant, un an plus tard, dans les bras de sa mère, après avoir écrit un dernier mot à son cher frère Scévole : « je t’écris au commencement des douleurs avant coureuses de la délivrance. Maman se charge de te mander le résultat, j’espère qu’il sera heureux ». François de Plas dira « Une telle femme ne devait être que prêtée à au commencement  terre. Qui pourrait être digne d’elle ? ».

source : lettre d’Elisabeth Cazotte du 5 novembre 1799

Simon Henri, l’exilé

Simon-Henri, né le 2 avril 1765 est l’auteur de la branche cadette, dite chilienne. Cette branche portant le nom Cazotte s’est éteinte en la personne d’Henri-Nicolas-Scévole de Cazotte, mort à Marseille le 23 aout 1929. La vie rocambolesque de Simon-Henri est contée par son frère dans l’émouvant « Témoignage d’un royaliste ». Il émigre en Grande Bretagne comme son frère où il est affecté au Régiment du Poitou. Ils retrouvent Bernard Cazotte, leur cousin germain plus âgé, capitaine de vaisseau, commandant de la frégate l’Aréthuse sur l’Ile de Wight. Il fit la campagne des Princes en 1792, comme lieutenant dans le corps de Wittgenstein, et après la défaite se retrouva à Londres, dégouté du métier de soldat. Sans ressources que celles de son frère et de son cousin Bernard, il se résolut à rejoindre la Martinique où se trouvait la famille maternelle d’Elisabeth Roignan. Il trouva place dans un convoi anglais pour les Antilles depuis Portsmouth. Il fut embauché pour payer son voyage comme aide-chirurgien ! Après 6 semaines de voile sans pouvoir dépasser le cap Finistère, le convoi revint en Angleterre et Henri Simon fut docteur dans le 31ème régiment, et tenta d’apprendre alors des rudiments de médecine sur le tas. Appelé partout comme « chirurgien français » il dut faire de son mieux.

Finalement embarqué pour les Antilles, il débarque à la Barbade pour participer à la soumission de l’Ile de Saint-Vincent. Se rendant à la Martinique, son bateau fut pris par un corsaire de Guadeloupe, qui le livra au gouverneur de l’Ile. Se cachant sous un nom écossais d’emprunt, et refusant de parler français, pour éviter le traitement réservé aux émigrés, il demanda un interprète, jouant d’ailleurs avec un singe familier du Gouverneur Victor Hugues. Celui-ci le fit enfermer sur un navire prison. Au bout de quelques mois, aidant ses compagnons anglais souffrant de dysenterie, le bruit se répandit des actes du « chirurgien-français » ce dont il se tenta de se protéger. Découvert, il fut heureusement échangé entre prisonniers. Il reprit du service anglais avec la campagne du Helder, puis s’en retourna en Martinique où il épousa enfin en 1801 sa cousine Sophie Anonyme Lafond, issue d’une famille de planteurs. Ils eurent deux enfants Henri Nicolas Scévole, et Elisabeth-Françoise sans postérité. Il décèdera assez jeune à la Dominique à 53 ans.

Jacques-Scévole, une vie exceptionnelle de courage

Jacques Scévole de Cazotte (1764-1853)

Jacques-Scévole nait le 31 janvier 1764 est l’auteur de la branche ainée. Sa longue vie est tout à fait étonnante, franchissant le siècle des tourments révolutionnaires. Jeune marin, combattant de la guerre d’indépendance américaine, officier, sauveur de Marie-Antoinette, émigré dans l’armée des Princes, puis de retour en France, il créa la bibliothèque du Roi à Versailles, qui sauva les archives de France. (portrait, pastel par David).

Dès 14 ans il est envoyé comme volontaire d’honneur, dans la Marine Royale où il sert avec courage sur le Diadème dans les batailles de la guerre d’indépendance américaine. Il est fait prisonnier à Charleston, où il évite la mort, échangé ensuite il devint Lieutenant de vaisseau en 1779. Il sert ensuite auprès de Frédéric II de Hesse où il devient officier artilleur. Revenu à Pierry, il assiste la famille Royale au retour de Varennes à Epernay, où ses faits de bravoure furent notés. Il devient Lieutenant de la Garde du Roi Louis XVI et combattit dans la nuit du 10 aout 1792. Emigré dans l’Armée des Princes, au régiment du Royal Emigrant puis du Rotalier. Il fut un des seuls rescapés de la bataille de Quiberon, s’enfuyant à la nage. Capitaine en 1791, il fut nommé chef de bataillon en 1814.

Lors de son séjour en émigration il épouse à Lisbonne, où il servait la Marine, Ursule Thérèse Amiel qu’il avait connu à Portsmouth. Ils eurent six enfants dont quatre filles et deux garçons, dont Charles Ferdinand de Cazotte.

Sans ressources, il est nommé Trésorier de la Garde de la Prévôté de l’Hôtel du Roi en 1815, puis bibliothécaire de Versailles jusqu’en 1835.

Un projet d’étude, en vue de compléter sa biographie militaire a été préparé et se trouve au chapitre PROJET.

Portrait (non signé).